2.7.26

Hossein SIBONI du 10 juillet au 11 septembre 2026

Je suis né au cœur des forêts du nord de l’Iran, dans une famille qui produisait du charbon de bois depuis plusieurs générations. Avant d’apprendre à lire, j’ai appris à regarder les arbres, les traces des animaux, les changements de la lumière et la lente transformation du bois en charbon. Les huit premières années de ma vie se sont déroulées entièrement dans la forêt, loin de la ville et de ses rythmes. Cette expérience continue aujourd’hui d’habiter ma peinture. Le charbon n’est pas pour moi un simple matériau. Il appartient à mon histoire familiale. Il porte la mémoire du feu, mais aussi celle des arbres, du temps et des gestes transmis de génération en génération. Lorsque je l’utilise, je ne cherche pas à représenter cette mémoire ; je travaille avec elle. Le charbon conserve quelque chose de la disparition tout en rendant une nouvelle présence possible. 

Plus tard, lorsque je me suis tourné vers la philosophie et la littérature, j'ai compris que ce que j'avais vécu dans le silence de la forêt dépassait le simple souvenir d'une enfance. C'était déjà une manière d'habiter le monde. La philosophie m'a donné les mots pour penser cette expérience, mais son origine ne se trouvait pas dans les livres. Elle était née bien avant eux, parmi les arbres, le feu et le silence de la forêt. 

Mes peintures ne racontent pas mon histoire personnelle. Elles cherchent plutôt à faire apparaître un espace où les formes demeurent ouvertes, où les corps, les paysages et les figures passent les uns dans les autres sans frontières fixes. Ce qui m’intéresse n’est pas simplement l’identité des choses, mais les relations qui les unissent et les transforment. 

La pensée de Platon, et plus particulièrement sa conception d’Éros comme force de liaison, accompagne cette recherche. Elle rejoint une intuition ancienne : celle que l’être humain n’existe jamais séparément du monde vivant qui le porte. La peinture devient alors le lieu où cette continuité peut être éprouvée, non comme une idée, mais comme une expérience. 

Si mes œuvres évoquent parfois la mémoire, la disparition ou la fragmentation, c’est parce qu’elles cherchent avant tout ce qui demeure sous les ruptures apparentes. Elles tentent d’approcher cette part silencieuse qui relie les êtres, la matière et le temps, ce que certaines traditions ont appelé l’Anima Mundi. 

Lien vers le documentaire «The Forest Charcoal Burners or Me and My Birds» Farhad Mehranfar, 1995 


L'Instagram de Hossein SIBONI ici






5.6.26

Olivia BARANI du 12 au 26 juin 2026

Sa démarche artistique, nourrie par un parcours en art et en conservation-restauration, explore l’instabilité des matières et les processus de transformation qui traversent les œuvres. Elle se déploie comme un espace d’expérimentation où ces savoirs deviennent des outils de déplacement poétique, attentifs à ce qui persiste autant qu’à ce qui disparaît.


Depuis 2018, son travail s’articule autour de la mémoire, de la trace et de la disparition. Elle envisage la mémoire comme un processus actif, dont la rémanence constitue le fil conducteur : non comme un vestige figé, mais comme une dynamique de transformation continue.


Cette recherche s’incarne dans des gestes de retrait, de prélèvement et de reconfiguration – détacher, fragmenter, récupérer, superposer – qui déplacent les formes et les réinscrivent dans de nouveaux agencements.


À travers une pratique mêlant peinture, dessin, photographie et sculpture, elle développe des installations souvent éphémères et instables, où la matière est éprouvée dans ses conditions de maintien, d’altération et d’effacement. Son travail explore ainsi ce qui demeure après la disparition, en faisant de la rémanence une force active, capable de générer de nouvelles formes d’existence.



                     Le site de Olivia BARANI ici
                           Son Instagram
                      Le HUBLOT du 12.06.2026
                       Le HUBLOT du 19.06.2026
                       Le HUBLOT du 03.07.2026

22.5.26

Isa GUIOD du 29 mai au 12 juin 2026

« Peintre-toi la langue » ou toucher la chair du langage est le mot d’ordre de ma peinture. Parti d’un lapsus d’une phrase de Matisse « Peintre, coupe-toi la langue », l’inconscient fait œuvre en omettant le verbe couper, la parole se meut en matière picturale.

 

Profondément animée par l’engagement du corps par la parole, j’ai exploré différents territoires avant d’entrer - en deçà et au-delà des mots – en peinture. La voix de Valère Novarina, à travers sa prose poétique et théâtrale est l’élément choc déclencheur « va jusqu’où les mots rebroussent chemins ». C’est l’écho qu’attendait l’image pour surgir.

 

De là,

 

Je suis une scription qui part à l’aventure : c’est quoi un corps qui parle ?

L’aventure d’une langue imaginaire qui se cherche primitive, animale.

L’aventure d’une écriture qui se cherche organique.

Comment saisir les multiples formes de la corporalité du langage, à l’instar de la langue qui s’invente tous les jours.

 

Je suis une peinture qui fraye sous la peau des mots.

Les mots sont mangés, dévorés, mâchés pour en extraire les rythmes, les sons, les souffles, les cris. La matière charnelle (pastel à l’huile, huile), fruit de cette manducation, se dépose sur le papier ou la toile dans une tentative d’élocution, d’énonciation, d’articulation… ?

une corp-oralité ?

La chair du langage semble poindre et les timbres de chaque voix qui la porte ont une couleur ; toutes se côtoient crues, vives, franches puis s’entremêlent, consonnent ou dissonent. C’est un pari de leur résonance à chaque fois, une gamme chromatique qui dit quelque chose de la choralité.

 

corporalité corps-oralité choralité

Pourrait être la déclinaison d’une création qui, à travers notre temporalité et nos multiplicités, questionne le langage en absorbant sa métamorphose, son hétérogénéité, son nomadisme, et remet le vivant et l’organique au cœur de cette interrogation. 

Dans l’impératif de Matisse, une fois coupée, « la langue se peindre ».     




L'instagram de Isa GUIOD ici

Le HUBLOT du 29.05.2026
Le HUBLOT du 05.06.2026