Je suis né au cœur des forêts du nord de l’Iran, dans une famille qui produisait du charbon de bois depuis plusieurs générations. Avant d’apprendre à lire, j’ai appris à regarder les arbres, les traces des animaux, les changements de la lumière et la lente transformation du bois en charbon. Les huit premières années de ma vie se sont déroulées entièrement dans la forêt, loin de la ville et de ses rythmes. Cette expérience continue aujourd’hui d’habiter ma peinture. Le charbon n’est pas pour moi un simple matériau. Il appartient à mon histoire familiale. Il porte la mémoire du feu, mais aussi celle des arbres, du temps et des gestes transmis de génération en génération. Lorsque je l’utilise, je ne cherche pas à représenter cette mémoire ; je travaille avec elle. Le charbon conserve quelque chose de la disparition tout en rendant une nouvelle présence possible.
Plus tard, lorsque je me suis tourné vers la philosophie et la littérature, j'ai compris que ce que j'avais vécu dans le silence de la forêt dépassait le simple souvenir d'une enfance. C'était déjà une manière d'habiter le monde. La philosophie m'a donné les mots pour penser cette expérience, mais son origine ne se trouvait pas dans les livres. Elle était née bien avant eux, parmi les arbres, le feu et le silence de la forêt.
Mes peintures ne racontent pas mon histoire personnelle. Elles cherchent plutôt à faire apparaître un espace où les formes demeurent ouvertes, où les corps, les paysages et les figures passent les uns dans les autres sans frontières fixes. Ce qui m’intéresse n’est pas simplement l’identité des choses, mais les relations qui les unissent et les transforment.
La pensée de Platon, et plus particulièrement sa conception d’Éros comme force de liaison, accompagne cette recherche. Elle rejoint une intuition ancienne : celle que l’être humain n’existe jamais séparément du monde vivant qui le porte. La peinture devient alors le lieu où cette continuité peut être éprouvée, non comme une idée, mais comme une expérience.
Si mes œuvres évoquent parfois la mémoire, la disparition ou la fragmentation, c’est parce qu’elles cherchent avant tout ce qui demeure sous les ruptures apparentes. Elles tentent d’approcher cette part silencieuse qui relie les êtres, la matière et le temps, ce que certaines traditions ont appelé l’Anima Mundi.
Lien vers le documentaire «The Forest Charcoal Burners or Me and My Birds» Farhad Mehranfar, 1995










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