2.5.16

Lorraine PELLEGRINI, 6 mai 2016



Je m'intéresse au caractère émotif des formes abstraites, des schémas, des signes en les confrontant à des représentations figuratives. Des faits relevant du quotidien et l'expérience que j'en ai sont à l'origine des développements esthétiques  que je propose. Je choisis les médiums qui sont le plus en correspondance avec l'expérience vécue et aptes à rejouer les tremblements, les désordres et les échecs du "réel" vers (ou contre) les vivants.
Lorraine Pellegrini








Un article de Arnaud Dubois à propos des Grandes Bêtes de Lorraine Pellegrini.
C’est peut-être peine qu’il faut entendre dans la penne qu’on regarde. Les Bêtes ont l’air de souffrir, d’une souffrance dont nous serions la cause. Le rire féroce des Bêtes est ce qu’il y a de plus cruel et de plus touchant. C’est parce qu’on les aime, qu’on aime les Bêtes à les croquer, à les manger, à les faire saigner du sang qui sèchent sous leurs griffes ou qui bat sous leur pelage tendu par la charge d’une course à tête perdue.

La première fois que j’ai vu une Bête, elle n’était pas seule. Comment traduire la rencontre que provoque une image qui tient devant soi ? Une force, une puissance. Toujours, dans un seul plan, bien des choses et leurs contraires qui paraissent ensemble d’un seul coup. On n’en finit pas de les découvrir avec la sensation de pouvoir en faire le tour. C’est une sensation d’ouverture qui se réalise dans le fait de voir et de regarder. Bien des fois les faits de voir et de regarder se contentent ou se frustrent de ce qu’ils visent, de ce qu’ils manquent ou de ce sur quoi ils butent. Avec Les Bêtes, l’exploration infinie nous étonne dans la tenue qu’un seul plan fait voir, et que Les Bêtes n’en finissent pas d’ouvrir et devant quoi l’on sent pouvoir tourner jusqu’à leur reluquer le derrière.

La deuxième fois que j’ai rencontré Une Bête elle ne se tenait pas debout devant moi. Ni tendue ou pendue comme on l’y avait contrainte pour me la montrer. Elle avait été déroulée sur le sol et se tenait à mes pieds. Si bien qu’on pouvait la voir de haut et en faire le tour. Comme on fait le tour d’une cavité creusée dans le sol pour contenir un corps. A voir Une Bête on découvre et ce trou et ce corps. On ne sait pas ce qui du trou ou du corps fait tenir La Bête debout ou pendue ou allongée. C’est un entrelacement du vide et du plein qui donne son volume et sa silhouette à un corps, mais aussi aux membres de ce corps, membres qui font le corps autant qu’ils le découpent. En quoi consiste la caresse du pelage et des tiges qui font pattes ou bras quand vous regardez Les Bêtes ?

Les Bêtes sont aussi bien des trouées de dimension anatomique sur des chantiers de fouilles archéologiques. On y reconnaît l’image de squelette incomplet des premiers hommes. Leurs bras, avec un radius, un cubitus ou un humérus en moins, n’en sont pas moins animés. Ils balancent une main ou se parent le visage. Malgré l’absence d’un tibia, d’un fémur ou d’une fibula, les jambes sont prêtes à porter ces premiers hommes, et ils vont debout vers nous, sortis de leur trou. A travers Les Bêtes, nous regardons quelque chose d’un vestige lointain, porté par un regard qui a l’âge de l’instinct.

Voir Les Bêtes, c’est les reconnaître. On connaît ces corps, ces visages, dessinés dans le parcours d’une larme, sous le voile d’une main qui tourne pour se cacher le sexe. On reconnaît l’extrême maigreur de leurs guiboles, des doigts qui s’effacent. On reconnaît le museau de ce chat qui disparaît dans la nuit d’un pelage. Les Bêtes sont nues, drapées de leur nudité, drapées dans leur nudité dirait-on. Atteintes par une méchanceté qui est la nôtre. Peut-être avons-nous manqué de tact à les découvrir de l’invisibilité dont elles jouissaient quand nous fermions encore les yeux. Mais voilà que c’est fait, et nous les regardons, nous les voyons. Difficile de ne pas éprouver, alors, à les fréquenter, qu’il se pourrait bien qu’elles fussent plus méchantes et plus superbes que nous ne le serons jamais avec elles. Et si c’était elles qui nous débusquaient et nous tournaient autour ? Les Bêtes ne sont pas là pour répondre à ce genre de question, évidemment pour faire de la question une forme. Et avec les Bêtes la question n’a rien du tour formel de la rencontre habillée. Il y a de l’impudeur à montrer et à regarder Les Bêtes. Les voir c’est éprouver leur dangerosité, leur méchanceté, c’est penser qu’on les blesse, quand elles se tiennent sans peur et sans crainte, là, devant. Dans quel but ? Il faudrait les recueillir ces pauvres bêtes ? Ne pas leur tourner le dos en tout cas. Car à la première occasion, elle foncera, décochera un coup de patte. 
Arnaud Dubois


son hublot du soir


18.4.16

Christine BRIAND, 22 avril 2016

Les Journaux dessinés (2005-2016) de Christine Briand.
C’est un Journal, mais dessiné. Je dessine dans des Livres de brouillon d’un format plus petit que celui A5, qui présente l’avantage de pouvoir entrer dans l’une de ces vieilles boîtes à pharmacie en bois que je collectionne. Il y a huit cahiers bien rangés et empilés soigneusement dans la boîte. Le Hublot me donne l’occasion de les sortir pour la première fois. Il arrive aussi que les dessins s’étendent sur de plus grands formats de papiers, comme cela est le cas pour ces paysages. Mais, qu’ils soient quatre fois plus grands, ces dessins sont néanmoins de petits dessins ; car ce sont de petites choses, simples et modestes ; et c’est comme cela que je les aime — d’un trait et sans repentirs, pas de gomme ou à l’extrême exception, avec leurs présages et leurs consolations, dessins-béquilles, dessins-patiences, dessins d’encouragement, dessins pour rire aussi, mes dessins faits pour moi-même et que, finalement, je vais montrer au Hublot d’Ivry.













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13.4.16

Martine MOUGIN, 15 avril 2016

 Le thème des Abeilles est pour moi lié à mon enfance, plus précisément à l'implication passionnelle de mon père avec ses ruches. Souvenirs mémorables visuels et olfactifs, enrichis plus tard par la découverte de « La vie des Abeilles » de Maurice Maeterlinck.
Après une formation apicole aux Ruchers du Jardin du Luxembourg et du Parc Georges Brassens, il me fallut alors m'impliquer dans le vif du sujet en qualité de photographe plasticienne.
Lauréate du concours « le Trou », les abeilles prirent place en 2015 sur les cimaises de la galerie Michèle Chomette à Paris, puis dans l'exposition « Arborescences ».
                                                                                Martine Mougin / Paris le 25 08 2014






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4.4.16

Dorota BAER, 8 avril 2016



Connaissez-vous l’épouvantable, au sens le plus fort du mot, « démon emporté » de Mikhaïl Vroubel - toile symboliste du début du siècle dernier, au Musée Pouchkine, à Moscou- ?
Si je mets cette œuvre, et pourquoi pas, en voisinage avec le travail présenté ici c’est que je suggère une parenté dans ce que je vois :
Dorota Baer, polonaise à Paris, femme slave et peintre de tout son être a transfiguré les mémoires douloureuses et extrêmes de sa race.
Elle a converti le démon, il était emporté et elle l’a retourné comme un gant. Elle l’a métamorphosé et fait se mouvoir, tout autre, sur la toile. Dans un geste vital et magnifique. Elle nous offre alors le flux joyeux de la vie. Elle l’étale généreusement et celui-ci chante en bleu, en jaune, scorpion de pluie, rencontre astrale, arabesque ou la Résurrection.

Thierry Kédinger








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