Mais ! Qui sont ces arbres ?
Dans un ancien verger normand, mon enfance s'est nourrie du jardin familial dessiné par mes parents. Ils avaient confié à chacun de leurs quatre enfants une plate-bande de terre pour y rêver, jouer ou cultiver des plantes.
De la terre argileuse a germée l’idée de l'Arbre. Les promenades dans les forêts domaniales aux hêtres élancés vers le ciel me ravissaient.
Sur la côte d'Albâtre, en Pays de Caux, des troncs d'arbres étaient destinés au chantier de construction navale d'un de mes ancêtres.
Je songe à Salomon de Caus, ingénieur et architecte cauchois du XVIe siècle qui avait créé un jardin palatin (et écrit La perspective avec la raison des ombres et des miroirs).
Et à l'inspiration heureuse venue des sculpteurs grecs antiques, des Étrusques où apparaissait l’élégance des monuments funéraires dédiés aux défunts, modelés en terre.
L’atelier de terre de l’École des Beaux-Arts, puis le lieu où je travaille désormais m’ont permis de métamorphoser ce temps de l’enfance, des origines.
Mon cheminement est simple.
J'aime emprunter des sentiers, arpenter les rues de la ville avec une fraîche curiosité.Quand je travaille, il s’établit un lien fort avec la terre, la taille d'un arbre et son piédestal sorte d'architecture qui suppose un élan physique.
Les petits côtoient les grands. Grâce à un outil fin, leur feuillage devenu écriture ondule, varie selon la terre choisie : rouge, noir, blanche, rose. Parfois j'ajoute discrètement un trait de pinceau avec un bleu ou un jaune, tel un geste de peintre.
Mes Arbres sont des sculptures évoluant avec leur découpe dans l’espace, jouant avec la lumière, le vide et le plein ; les peintures chinoises et japonaises m'accompagnent.
Ils émergent pour certains d’un mur, de la sorte un morceau de paysage sauvage ou cultivé et construit.Variété des formes. On peut y voir un feuillage mouvant à l'instar d'une coiffure féminine. Il m'évoque aussi certaines algues des prairies marines.
Poussant ainsi de la stèle, il se dégage un silence, un calme où bruissent des conversations, murmures, qui expriment la vie.
Je façonne des Arbres, sculptures-hommages aux civilisations enfouies telle des graines en attente de se tendre vers l'air.
Mémoires.
Planté par l’homme, pour sa survie, avec sa présence verticale dans le paysage l'arbre est un témoin bienveillant tout à proximité de la maison, sur la place...
J'aime la multiplicité des lieux où l’arbre naturel pousse et s’ancre dans des terres aux qualités et couleurs variées.
De ma terre modelée, séchée puis cuite, apparaissent des visages ou des portraits d'arbres, solides inscrivant ainsi l’Humanité dans la Nature rêvée et imaginaire.


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