30.1.26

Laure MAUCERI du 06 au 20 février 2026

Ses arbres sont des nuées de songes. Des fourmillements de feuilles condensés en nébulosités blêmes se chevauchant telle une explosion de sable. Pas d'espace libre, ce sont des entités, des massifs impénétrables, mais ils se découpent, ils respirent, on aperçoit des fractures, des déchirures sombres dans la dentelle des dômes... Le noir n'est pas noir, il est habité. Des milliers de feuilles assemblées pièce à pièce comme pour n'en oublier aucune, et qui forment des moutonnements cernés d'ombre s'étageant en volutes de fumée blanche s'élevant du bas (il n'y a pas vraiment de sol) vers le haut (y a-t-il un ciel ? Vide à première vue), bourgeonnant des troncs rarement visibles aussi, mais de moins en moins, sous la densité des feuillages "pommelés", en apesanteur, suspendus. Quelque chose a explosé. Quelque chose (une présence) s'élève, sans appui, se déploie comme à flanc de coteau, les arbres poussant sur les arbres, des arbres à lianes, une féérie de frênes, d'acacias, presque irréels, tant ils sont profus, témoignant d'un regard acéré, consciencieux, d'une concentration de trait vertigineuse, par qui voit ce que l'on ne peut pas voir. L'infiniment petit et l'infiniment grand, en ménageant çà et là des trouées salutaires, des respirations. Ses lianes coulent comme des cordes, parfois entremêlées, en faisceaux, si fines et déliées qu'on les saisirait bien, comme les chasseurs de miel au Népal, ou de nids d'hirondelles, munis de leurs longues perches de bambous, les "chasseurs d'éternel", les "chasseurs des ténèbres". On se perd dans les ombres, les masses denses et cotonneuses, enchevêtrées, que ces filaments, ces clématites allègent, à moins que ce ne soit du chèvrefeuille sauvage, des ronces, dit-elle, peu importe, des larmes d'oiseau, comme on nomme les feuilles pennées des frênes, précises et vivantes.

Des flambées d'arbres, des extraits de paysage, des arbres immenses dont on se demande d'où ils sortent, s'ils sont réels ou imaginaires, le dessin est toujours réel, mais on le croit parfois imaginaire, et seul l'artiste connaît ces lieux insolites, peut-être sujets aux inondations, car on trouve aussi des arbres immergés dans un paysage de désolation (une étrange lune rousse se reflète et s'enfonce dans l'eau), elle seule sait où elle est, où elle va, ses itinéraires secrets, nous restons, nous, perdus, désemparés, émerveillés, dépassés, comme devant la grâce et l'humilité […].

Extrait de En Harmonie par Frédéric Dambreville 


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